L'Ombre et la Source Il y a eu ce temps, tu t'en souviens ? Ce temps où nous étions comme de l’argile encore humide, malléable et fraîche. Nos matins ne finissaient jamais. À cette époque, notre image n'était qu'un projet, une promesse qu'on lançait au futur sans trop y réfléchir. On traversait la vie comme un faisceau de lumière pure, une ligne droite qui fonce sans se poser de questions, sans savoir que le temps, dans son coin, travaillait déjà en silence. Et puis, un jour, le trait change. Le visage se décide. La peau commence à raconter quelque chose, elle devient un paysage, une terre qui a vécu. Mais ce n'est pas une perte, c'est une transformation. On ne perd pas la lumière, on change simplement de matière. On passe de l'éclat brut à une architecture plus complexe, plus solide. C'est le moment où l'on arrête enfin de se regarder avec inquiétude pour commencer, simplement, à habiter qui nous sommes. Regarder nos vieilles photos, ce n'est pas faire un deuil. C'est feuilleter le livre d'une vie qui a eu le courage d'être vécue. L’enfant que nous étions courait après le soleil pour ne pas le perdre ; aujourd'hui, avec l'expérience, on sait que la lumière ne s'attrape pas. Elle se sculpte. Elle s'apprivoise. Même si le corps finit par se courber un peu, comme pour saluer la terre qui l'a porté, l'essentiel reste intact. Cette petite flamme à l'intérieur, elle, ne connaît pas les rides.


 

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